Déracinez un arbre centenaire et vous entendrez la nature trembler tout autour de vous…. Pour moi Solange centenaire n’était pas un mythe, c’était un symbole de vitalité. Et si tu es partie avant, peu importe ta performance, tu es quand même championne olympique (tu te souviens nos jeux en 2024 à Paris ?). Bon 97 raisons de t’en vouloir de n’avoir pas attendu 2028 et Los Angeles tu en aurais surement parlé avec nous, mais surtout des raisons de nous en vouloir de n’avoir pas assez profité de toi.
Ma chère Solange. Le 31 juillet n’est pas une très belle date. Même si pour beaucoup c’est un gai jour de départ en vacances pour nous il fut bien triste. Quant à moi il m’a fallu ces quelques semaines (presque un mois) pour comprendre que « Solange la lumineuse » n’était plus là, que je ne pourrais plus échanger avec toi ces évocations du monde et photos qui faisaient notre bonheur à tous les deux, toi qui photographiais tout partout, un peu comme moi on se ressemblait sur ça. Il m’a donc fallu un peu de temps nécessaire pour que le chagrin et le vilain spleen qui masquent les sentiments s’éteignent un peu et laissent filtrer une « voix » un peu plus libre, même si d’écrire ces quelques mots, les larmes me viennent.
Tu étais une battante comme on disait chez moi. Discuter, avec toi c’était un chantier, que tu démarrais bien plus tôt que moi le matin, ce qui m’obligeait à maquiller mon manque d’attention matinale derrière quelques cafés distillés ci et là (je t’en servais aussi un ou deux) ou des regards fuyants et réponses évasives à tes questions.
Moi ton gendre qui t’ai rencontré dans les années 90, au travers de Sophie ta fille, tu m’as tout de suite adopté et j’ai rencontré une personne rare. Nous avons tissé une relation particulière et une profonde amitié pendant près de 30 ans. Pour faire court on se comprenait et on s’appréciait.
Toutes ces années, nous n’avons eu cesse de croiser les regards sur le monde que nous traversions. J’ai entrainé ta fille et tes petits-enfants dans de nombreux voyages et toi-même (et Alexandre) en avez souvent fait partie. Toi apposant ton regard et tes réflexions sur les cultures, les personnes et les paysages des pays que nous habitions.
1996, L’Éthiopie par exemple, année où tu nous as accompagné pour notre première installation à l’ILRI, Addis Ababa. Puis de nouveau en 2001, tu y explorais avec nous les églises troglodytes toujours en y fouillant l’histoire profonde des lieux et des gens.
2008, Le Botswana de notre dernière expatriation, Gaborone et le delta de l’Okavango, et nos safaris trips automobiles partagés avec Yvonne ma mère qui nous as quitté en 2024 et avec qui tu as toujours entretenu une relation affectueuse en lui apportant un soutien moral dont je ne te remercierais jamais assez (tu l’as sauvé pendant le Covid).
Et de ton coté Paris ta ville d’adoption prenait une autre couleur quand tu en parlais, en excellente connaisseuse de son histoire et de ses quartiers, tout lozérienne d’origine que tu étais.
Nos retours en France étaient l’occasion d’atterrir d’abord à Montrouge un de tes fiefs, sujet quelques fois de tension (ton quartier préféré c’était plutôt vers le Jardin des Plantes tu nous l’as souvent répété, là aussi des convergences tant j’ai trainé au Muséum). C’était aussi souvent l’occasion de passer l’été tous ensemble en Lozère à la Bessière de Ribennes ton autre fief au titre d’une aristocrate lozérienne qu’on t’avait attribué. Tes maisons et lieux de vie ont toujours été des lieux rayonnants d’accueil pour nous et nos amis. Avant que nous n’achetions notre maison d’Assas qui est alors devenu un autre point de rencontre de la famille où nous avons passé de nombreux Noëls toutes lignées ensembles réunies.
De retour d’Afrique en France il y a 15 ans, d’autres routines de partage se sont mises en place, le Salon de l’agriculture de Paris début Mars en faisait partie. Tu aimais y venir croyant à chaque fois que j’y faisais une conférence !! Mais surtout pour aller y voir les animaux, les vaches une autre passion commune, et quelques fois les chameaux et dromadaires un sujet de partage, toi qui avais vu la foire de Pushkar en Inde au Rajasthan la plus grande foire aux chameaux d'Asie (je ne l’ai jamais visitée tu en est donc l’unique gardienne) et moi qui ai démarré ma carrière sur cette espèce et t’en ai offert qq portraits photographiques choisis.
Et puis Montrouge et Paris c’était mon lieu de passage en transit vers les nombreuses destinations de mes missions, j’y prenais plaisir à chaque passage, et surtout au point d’orgue quand sautant dans mon taxi qui m’emmenait à l’aéroport tu me criais alors de ta fenêtre « reviens quand tu veux » ou bien « quand est ce que tu repasses » quand il y avait longtemps qu’on ne s’était pas vus, et comme si toi et ta maison faisaient finalement toujours partie de mon voyage. Solange je ne passerais plus à Montrouge plus pour cette raison, car je pars à la retraite dans 5 jours, tu as dû le comprendre je t’en avais parlé.
Alors qq photos partagées qui évoquent des dates et souvenirs et le bonheur que nous partagions d’être ensemble : 2001 et 2003 l’Éthiopie et les hauts plateaux, 2005 Venise en famille élargie, tous les ans les vaches Aubrac de Lozère, 2008 le Botswana la visite de la mine de diamant et le mini-golf, 2013 la plage de la Grande Motte en hiver, 2014 Meaux et le musée de la grande guerre (pour toi férue d’histoire), 2015 Saint Lary lieu d’un Noël heureux partagé en famille, 2026 le tour du monde des transhumances en réalité virtuelle que tu as commenté brillamment avec le casque que j’avais amené car tu n’avais pas pu aller au salon de Paris cette année.
Solange tu nous manques. Pour sûr on fêtera tes 100 ans tout de même dans 3 ans quelque part en pensant très fort à toi.
Solange ah oui une dernière chose …, je n’ai pas pu respecter une de mes promesses celle de t’emmener sur le canal du Midi en péniche, car tu étais déjà trop affaiblie. Je le regrette mais nous irons en pensant à toi et tu nous accompagneras.
Je t’embrasse tendrement, ne t'inquiète pas, Sophie garde ta Bessière où je te retrouverai à chaque fois que j’y passerai.
Bises Pascal